La BCE illuminée pour l'anniversaire de l'euro en 2021. (Crédits: BCE)
Juliette Cohen, stratégiste chez CPRAM, estime que la Banque centrale européenne (BCE) s'est montrée jeudi prête à procéder à une nouvelle hausse des taux d'intérêt dès septembre si les prix de l'énergie restent sous pression en raison de la recrudescence des tensions au Moyen-Orient. L'institution basée à Francfort a, comme prévu, maintenu son taux d'intérêt de référence inchangé jeudi, tout en soulignant que l'incertitude restait élevée et que l'impact inflationniste de la crise énergétique ne s'était pas encore pleinement manifesté.
1/Que retenez-vous des annonces de la BCE ?
Un statu quo mais la BCE se tient prête à "dégainer". Une hausse de taux en septembre est très probable si les prix du pétrole restent élevés. Les risques sur l'inflation sont orientés à la hausse. Christine Lagarde a insisté sur la durée du conflit, son intensité et la diffusion des hausses de prix de l'énergie. Pour elle, les marchés ont très bien compris la fonction de réaction de la banque centrale.
2/Christine Lagarde a déclaré que la question de l'augmentation des réserves obligatoires des banques n'avait pas été abordée lors de cette réunion. Pourquoi la banque centrale devrait-elle se pencher prochainement sur cette question ?
Pour la BCE, il n'y a pas de caractère d'urgence à agir sur ce point mais elle peut l'envisager pour accélérer la transition vers un environnement de liquidités moins abondantes. Elle avait fait le mouvement inverse en 2012 en réduisant le montant des réserves obligatoires de 2% à 1% des dépôts des banques.
Une augmentation des réserves obligatoires (174 milliards d'euros actuellement) réduirait la liquidité excédentaire des banques. Cela entraînerait une hausse des taux à court terme plus rapide et inciterait les banques à recourir aux opérations de refinancement (MRO, LTRO) plus tôt que ce qui est anticipé (2027).
La hausse du montant des réserves obligatoires conduirait également à une baisse du coût de la facilité de dépôt pour la BCE.
3/Les rendements des obligations de la zone euro ont atteint ces derniers jours leurs plus hauts niveaux depuis des années, les anticipations concernant les taux d'intérêt venant s'ajouter aux craintes budgétaires, notamment en France. Comment envisagez-vous leur évolution au cours des prochains mois ?
Nous sommes globalement plus prudents sur les parties longues des courbes de taux, du fait de plusieurs facteurs : soutien budgétaire lié à la guerre, programmes d'investissements importants (défense, infrastructures, climat...), fin prochaine des financements du fonds de relance européen, QT (resserrement quantitatif) de la BCE, échéances politiques diverses...
Nous privilégions les parties courtes des courbes qui anticipent des mouvements significatifs des banques centrales et qui pourraient bénéficier d'un apaisement du conflit.
(Propos recueillis par Diana Mandiá, édité par Augustin Turpin)

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